Pendant ce mois du livre audio, vous avez été invités à nous rejoindre pour célébrer ce format en découvrant les dernières nouveautés audio disponibles sur NetGalley ! Pour accompagner les nouveaux lecteurs et lectrices dans la découverte des livres audio, nous avons aussi partagé sur le blog notre Guide du débutant. Mais il reste un sujet que nous n’avons pas encore abordé : comment sont faits les livres audio et à quoi ressemble une journée dans la vie d’un.e narrateur.trice ? Alors, pour répondre à ces questions, nous nous sommes directement adressés à des professionnels ! Retrouvez à la suite cinq narrateurs et narratrices de livres audio, qui nous racontent leurs premiers pas dans le métier et les aspects de leur métier qui pourraient vous surprendre. Et parce que chez NetGalley nous adorons lire et rédiger des chroniques, nous leur avons également demandé quelques conseils pour chroniquer les livres audio.
François Hatt

Comment êtes-vous devenu narrateur de livres audio ?
J’étais comédien pro depuis une dizaine d’années, et en 2012, j’ai eu la chance que le responsable d’un studio spécialisé dans l’enregistrement de livres audio m’appelle, après avoir écouté des extraits de ma voix mis en ligne sur un site dédié aux performances uniquement vocales des comédien.ne.s (pub, doublage, narration de documentaire etc.). Après trois castings infructueux en environ 6 mois dans ce même studio, le quatrième fut le bon ! Ma chance fut aussi que le directeur artistique dudit studio ait tenu bon, croyant fermement que j’avais quelque chose à faire dans ce versant spécifique du métier d’acteur.
Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confronté et comment le surmontez-vous ?
Selon moi c’est la vigilance : après plusieurs heures derrière le micro, une fatigue et une musique s’installent, pas nécessairement corrélées d’ailleurs. Il faut se méfier des deux comme de la peste ! Lorsque je m’entends au cours d’une reprise – et il y en a beaucoup tout de même, en quatre voire en huit heures sur une seule journée, je sais très vite si je suis à peu près « là où il faut » (toujours selon moi, bien entendu !). Dans le cas contraire, je prends quelques minutes pour souffler un peu – voire pour dormir ! Le calme de la cabine du studio est idéal pour ça…
Quel aspect du processus de production d’un livre audio pourrait surprendre les lecteurs ?
Je suppose les « drops » : ces moments où je reprends les dernières secondes enregistrées (à cause d’un défaut de diction, d’un bruit extérieur parasite, etc.) et où l’ingénieur du son me « fait rentrer » pile à l’endroit du début de la reprise : cela peut très bien être au milieu d’une phrase si l’espace sonore est suffisant. Il faut savoir être très réactif tout en s’écoutant et s’imitant soi-même, c’est assez étrange. Un des ingénieurs du son avec lesquels il m’arrive souvent d’enregistrer me traite parfois de faussaire (pour plaisanter, bien sûr) !
Est-ce qu’il y a une autrice ou un auteur dont vous aimeriez particulièrement narrer un ouvrage ?
Il y en a tant ! Pour ne citer qu’un nom : ayant découvert l’écriture d’Auster tardivement (en fait depuis sa très proche disparition), je pense que ce serait merveilleux (pour moi en tout cas !).
Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui chroniquent des livres audio pour la première fois ?
Il me semble que, parfois, les chroniques ne font pas toujours assez la distinction entre ce qui relève de l’écriture et ce qui ressort à sa mise en voix. De plus, les contraintes de l’exercice sont nombreuses, notamment lorsque les protagonistes se multiplient et qu’il faut les caractériser vocalement. Quelqu’un souhaitant chroniquer des livres audio devrait peut-être assister à une heure d’enregistrement pour saisir la dynamique inhérente à l’exercice ? Ce qui n’interdit évidemment pas de ne pas aimer une interprétation !
Marie Bouvier

Comment êtes-vous devenue narratrice de livres audio ?
En tant que maman, je lisais beaucoup de livres à mon fils et je lui achetais aussi des livres audio en CD à l’époque… En tant que comédienne, c’était un exercice que je trouvais passionnant mais je n’imaginais pas y avoir accès car ce n’était pas encore très courant. Je travaillais déjà derrière le micro pour des documentaires ou pour des fictions radiophoniques… Par hasard, une amie a fait écouter un extrait de mon travail à un éditeur. J’ai été contactée pour passer un essai en studio et une semaine après, j’ai eu la joie d’enregistrer mon tout premier livre.
Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confrontée et comment le surmontez-vous ?
Le plus grand défi est de se frotter à un grand auteur, de magnifier le récit en lui donnant vie, tout en restant concentré sur une succession de journées d’enregistrement. Il faut garder l’énergie en lisant sur un écran qui fatigue l’œil. Je surmonte ces défi grâce au plaisir toujours immense de raconter et partager une histoire, ma préparation du livre en amont, de bonnes lunettes, des pauses cafés, et des échanges sympathiques avec les directeurs artistiques et ingénieurs du son.
Quel aspect du processus de production d’un livre audio pourrait surprendre les lecteurs ?
Beaucoup de processus pourraient étonner nos lecteurs… Mais je ne parlerai que de ma partie en tant que comédienne, narratrice. Je prépare mes livres en amont munie de mon iPad et mon stylet. Je note tous mes personnages dans les dialogues, et je me fais ma propre ponctuation qui n’est pas la même à l’oral qu’à l’écrit. J’ajoute ou enlève des virgules, des points, j’ajoute des parenthèses, je mets des petites flèches vers le haut ou le bas pour ouvrir ou fermer des sens… Par exemple.
Est-ce qu’il y a une autrice ou un auteur dont vous aimeriez particulièrement narrer un ouvrage ?
Ouiiiii, tant et tant ! Zweig, Dostoïevski, ou Donna Tartt, Mo Hayder, Murakami…
Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui chroniquent des livres audio pour la première fois ?
Je leur dirais déjà de ne pas se presser à l’écoute. D’être attentif aux respirations… de dissocier la critique de l’histoire à celle de l’interprétation. De ne pas simplement se bloquer sur un timbre de voix ou d’un début d’histoire. Un livre audio est une aventure dans son ensemble dans laquelle il faut s’immerger pleinement car c’est le fruit de beaucoup de travail, fait avec amour par beaucoup de petites mains. Le résultat ne peut souffrir de simple « j’aime/j’aime pas ». Je pense qu’il faut étayer ses propos point par point… Ne pas tout mélanger.
Charlotte Gagnor

Comment êtes-vous devenue narratrice de livres audio ?
Après avoir étudié le chant au Conservatoire et le théâtre à l’Université, je suis devenue chanteuse professionnelle et intermittente du spectacle à 23 ans en chantant dans des projets de composition et de reprises, puis chanteuse-comédienne (récemment dans une comédie musicale de Disneyland Paris). Être chanteuse-comédienne, cela implique de nombreux déplacements. J’ai pris l’habitude d’écouter des livres audios et des podcasts comme les fictions sonores de France culture pour me tenir compagnie (et parfois pour me tenir éveillée !) lors de ces trajets. Et pendant nos vacances, nous aimons nous lire des romans à voix haute avec mon compagnon. Nous nous sommes par exemple lus Les misérables de Victor Hugo et toute la saga Malaussène de Daniel Pennac à voix haute. L’an dernier, j’ai suivi une formation de doublage et voix off, et les studios m’ont proposé de faire des essais de livre audio. C’est alors assez naturellement que j’ai commencé dans ce milieu et cela me plaît énormément !
Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confrontée et comment le surmontez-vous ?
Enregistrer un livre audio peut paraître simple, mais il faut imaginer une journée type d’enregistrement : 7 ou 8 heures enfermée dans une salle avec un écran, sans bouger, à lire et interpréter chaque personnage. Cela demande une concentration très importante et la fatigue devient l’un des principaux défis. Je suis aussi dépendante des bruits extérieurs (un chantier devant le studio par exemple) et… intérieurs (la faim et la digestion nous offrent souvent des concerts en plein milieu d’une phrase !). Pour les longs livres audio comme Fourth Wing ou Iron Flame de Rebecca Yarros (600/700 pages, 20 à 30h d’audio), il y a aussi la difficulté du nombre de personnages et donc de voix différentes à inventer puis à reproduire tout au long de la lecture. Il faut avoir l’inspiration pour chaque nouveau personnage, ce qui n’est pas toujours facile lorsqu’on en croise plus de 150. Heureusement, Louise, l’ingénieure du son avec qui j’ai travaillé sur ce projet, met des marqueurs sur le logiciel d’enregistrement pour chaque nouvelle voix de personnage et me les refait écouter lorsque je ne me souviens plus. Ce serait absolument impossible sans elle !
Quel aspect du processus de production d’un livre audio pourrait surprendre les lecteurs ?
Pour mon tout premier jour d’enregistrement, j’avais enfilé ma plus jolie veste de costume.
Très mauvaise idée. Dès la première phrase, je me suis rendue compte que ma veste faisait du bruit lorsque je tournais les pages sur la tablette et que cela s’entendait dans l’enregistrement. C’est la première fois que j’ai dû choisir mes vêtements pour leur bruit ! En hiver, c’est gros pull, grosses chaussettes et thermos de rooibos, et en été mini robe pour ne pas mourir de chaud. Je lis le livre une première fois avant l’enregistrement afin de savoir où va l’histoire et comment sont les personnages, afin de leur imaginer une voix qui leur ressemble. Ensuite, le studio devient rapidement ma chambre, avec des vêtements de rechange et des stocks de nourriture. J’enregistre debout et pieds nus. Souvent, les gens pensent qu’on lit tout un live d’un coup, mais ce sont plusieurs sessions dans lesquelles je me trompe souvent (parfois même sans m’en rendre compte), je m’arrête, je recommence. Il faut faire attention à avoir la même voix sur les derniers chapitres du soir que sur les premiers chapitres du lendemain matin. Parfois on a des fous rires et j’ai du mal à repartir. D’autres fois, les scènes sont tellement difficiles émotionnellement que je suis obligée de faire des pauses pour empêcher les larmes de me submerger. J’ai même enregistré les derniers chapitres d’Iron Flame avec une peluche en forme de dragon dans les bras, pour essayer de ne pas fondre en larmes ! Ce qui est également surprenant, c’est de voir à quel point la réalisation d’un livre audio est un travail d’équipe et un long processus qui implique beaucoup de personnes. Autour de nous, il y a la maison d’édition sonore, la production, les studios d’enregistrement, les personnes qui réalisent la prise de son puis le montage sonore, celles qui vérifient que ce qui a été lu est bien ce qui est écrit, etc. J’enregistre l’équivalent de 3h/3h30 de livre audio en une journée d’enregistrement de 7 ou 8h, et il faut environ le même temps aux monteurs pour ensuite réaliser le montage final !
Est-ce qu’il y a une autrice ou un auteur dont vous aimeriez particulièrement narrer un ouvrage ?
J’aime énormément l’écriture d’Alain Damasio, et narrer un livre comme Les furtifs serait à la fois un défi et tout simplement génial ! De manière plus générale, pouvoir narrer à nouveau des livres féministes (comme La malédiction des Flores) ou m’essayer à la littérature pour enfants me plairait bien. Tout comme participer à des fictions sonores, avec plusieurs comédiennes et comédiens, avec de la musique et des effets spéciaux, ou même à des versions « dramatisées » de livres audio (à l’image de la « dramatized adaptation » de Fourth Wing en anglais).
Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui chroniquent des livres audio pour la première fois ?
Nous avons passé du temps immergé dans l’histoire que vous venez d’écouter, et à faire de
notre mieux pour la faire vivre et l’interpréter. C’est donc toujours un plaisir d’avoir des avis
sur notre travail ou de voir que ce qu’on a fait plaît aux personnes qui nous écoutent. Si vous faites une chronique sur les réseaux sociaux, n’hésitez-pas à nous mentionner, cela fait chaud au cœur de vous lire et de pouvoir échanger !
Rémy Wibaut

Comment êtes-vous devenu narrateur de livres audio ?
Cela fait 40 ans que j’utilise ma voix dans différents projets : publicités, e-learning, commentaire audio, doublage, voix off sur des films corporate etc… et en 2020, pendant la pandémie, le travail s’était fait plus rare. Je cherchais donc de nouvelles pistes sur internet quand je suis tombé sur une annonce cherchant une voix pour un livre audio. Déjà à l’école j’étais toujours celui qui lisait à voix haute les extraits de livre au reste de la classe. Je participe donc au casting et j’ai été retenu. Depuis j’ai enregistré plus de 25 livres.
Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confronté et comment le surmontez-vous ?
C’est assez compliqué « d’interpréter » un livre qu’on n’a pas toujours eu l’occasion de lire avant de l’enregistrer. C’est avec le résumé et quelques pistes de l’éditeur ou directeur-trice artistique qui vous a choisi qu’on se fait une idée. On enregistre quelques pages, on ajuste et une fois le ton trouvé, on y va ! Mais on découvre parfois des subtilités ou des personnages qu’il faut faire vivre dans des dialogues où doivent ressortir certaines émotions. Et quand vous avez 3 ou 4 personnes qui se répondent, on doit faire comprendre juste avec des intonations différentes qui parle, pour ne pas perdre l’auditeur. A ce niveau, mon expérience dans la pub et le doublage m’aident beaucoup.
Quel aspect du processus de production d’un livre audio pourrait surprendre les lecteurs ?
Je crois que le fait qu’on découvre le livre quand on l’enregistre ! Et qu’il y a pas mal de « montage » après enregistrement pour enlever les imperfections, respirations ou éventuels « bruits de bouche » qui parasitent l’écoute.
Est-ce qu’il y a une autrice ou un auteur dont vous aimeriez particulièrement narrer un ouvrage ?
Il y en a plein ! Les grands classiques de la littérature bien sûr : Hugo, Dumas, Camus, Proust, Zola, Balzac, Jules Verne mais aussi Simenon, Boris Vian, Agatha Christie….. Des romans drôles ou des biographies.
Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui chroniquent des livres audio pour la première fois ?
D’essayer d’être le plus objectif possible en dissociant l’histoire du narrateur. Souvent les auditeurs qui n’ont pas aimé un livre pour différentes raisons, donnent une mauvaise note à celui qui l’a lu ! Ce sont 2 critères distincts. Le fait de ne pas aimer une œuvre ne remet pas en cause la qualité de son interprète.
Adélaïde Poulard

Comment êtes-vous devenue narratrice de livres audio ?
J’ai toujours eu cette envie là dans un coin de ma tête. Enfant j’ai été biberonnée aux livres audio, j’ai presque plus écouté que lu les grands classiques. En 2021, alors que j’étais comédienne au théâtre depuis quelques années, j’ai fait une formation proposée par l’ALCA et j’ai été mise en réseau avec les Éditions VOolume avec lesquelles je travaille depuis !
Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confrontée et comment le surmontez-vous ?
Le plus grand défi pour moi c’est comment garder la souplesse dans ma voix et dans mon corps sur des jours d’enregistrements. J’enregistre des livres où il y a beaucoup de personnages, donc de voix différentes, et comme j’aime m’amuser avec ça, je propose parfois des voix qui me demandent beaucoup d’énergie pour les tenir sur la durée ! Quant au corps, rester assise durant des heures sans pouvoir beaucoup bouger est assez éprouvant. Je mets en place des rituels d’ échauffement et d’étirements tous les jours pour garder la souplesse nécessaire à la lecture et à l’interprétation.
Quel aspect du processus de production d’un livre audio pourrait surprendre les lecteurs ?
Le travail des voix ! Je lis en amont le livre que je vais enregistrer en listant les personnages et leurs caractéristiques (genre, âge, dynamique). Puis je propose des voix à VOolume qui les valide en amont, et je peux les réécouter le jour J dès qu’un nouveau personnage fait son apparition dans le récit. Ça m’évite à ma fois d’oublier les voix en cours d’enregistrements mais aussi d’un livre à l’autre lorsqu’il y a plusieurs tomes. J’adore inventer des voix avec une prononciation spéciale, zozotement, salive abondante, consonnes percussives marquées…
Est-ce qu’il y a une autrice ou un auteur dont vous aimeriez particulièrement narrer un ouvrage ?
J’adorerais enregistrer les tomes de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Outre la galerie de personnages proposée, l’écriture est très fine, l’intrigue se déroule sur des années et plonge dans des sujets qui me tiennent à cœur – la condition et la lutte des femmes dans une Naples très pauvre, la fracture entre les classes sociales, l’amitié, l’écriture…
Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui chroniquent des livres audio pour la première fois ?
Faire confiance à leur ressenti, sentir si la voix qui narre est en adéquation avec le rythme de l’écriture. C’est souvent ce qui fait que j’adhère ou non en écoutant un livre audio pour ma part. Et si ces chroniques sont sur les réseaux, ne pas hésiter à tagguer les comédien.nes, ça fait toujours avancer de lire des critiques !





















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