Coup de projo sur nos lecteurs #43 – Pierre Maury, critique littéraire

La communauté NetGalley est riche de bibliothécaires, libraires, professeurs, journalistes, blogueurs, chroniqueurs… qui nous enrichissent de leur travail en partageant quotidiennement leur passion pour la lecture et leurs coups de coeur littéraires. Nous aimons prendre le temps de pointer le projecteur sur leur activité et partager avec vous quelques bribes de leur parcours. 

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Pierre Maury, critique littéraire pour le journal le « Soir », éditeur (La bibliothèque Malgache) et blogueur littéraire (Le journal d’un lecteur).

Pierre Maury 2 Pierre Maury se livre dans cet entretien sur son parcours, sa passion pour la lecture, son activité de critique littéraire, dévoile son rythme de lecture et la place de la lecture numérique pour lui.
Nous vous souhaitons une belle lecture !

 


Mon parcours

D’une certaine manière, c’est limpide : le livre, rien que le livre, toujours le livre, et comme lecteur plutôt que comme auteur, même si j’ai commis un certain nombre d’ouvrages.

Ça commence bien avant le début de ma vie professionnelle, puisque je négligeais l’étude au profit de tout ce qui pouvait me tomber sous les yeux. Quand j’ai fini par me rendre compte que je n’étais pas fait pour subir longtemps encore la torture d’un enseignement où tout était trop prévisible, je me suis tourné vers un espace que je connaissais bien pour l’avoir écumé : les bibliothèques.

Dans celle où j’ai été engagé à vingt ans, après une courte formation, j’ai découvert l’excitation de la nouveauté qui, à peine arrivée en librairie, pouvait être achetée tout de suite et proposée aux adhérents de la bibliothèque – après que je l’avais lue, de préférence, ce qui permettait d’en parler avec celles et ceux à qui le livre pourrait plaire. De fil en aiguille, de la parole à l’écrit, j’ai péniblement rédigé un premier article, consacré aux trois romans de René-Victor Pilhes qui venait de publier, en 1974, L’imprécateur, pas encore prix Femina quand j’ai envoyé le produit d’une semaine de travail, quelques feuillets, à une revue littéraire belge que je lisais à la bibliothèque. Sans surprise, car je ne doutais de rien, l’article a été accepté et est paru (le relisant une vingtaine d’années plus tard, après être tombé par hasard sur un volume des numéros de cette année-là, celle de mes vingt ans, j’en ai pourtant découvert la médiocrité).

Doublement provincial, Belge vivant dans un petit village dont la ville la plus proche n’était même pas grande, je ne connaissais évidemment personne dans un « milieu » littéraire dont je ne pouvais qu’imaginer l’existence, à Bruxelles ou à Paris.

Mais, toujours confiant, j’ai proposé au directeur de la bibliothèque qui m’avait engagé, et qui me fit confiance jusqu’au moment où il a constaté qu’il m’arrivait de lire et d’aimer des romans choquant ses convictions morales, de lancer une revue à l’usage de nos adhérents, dans laquelle nous parlerions bien sûr de livres. Ce qui fut fait sans augmenter mon rythme de lecture (comme aujourd’hui, et comme avant, au moins un livre par jour, un peu plus, même) mais en le doublant d’une démarche critique.

Une chose en entraînait une autre, ma curiosité me conduisit ces années-là à la rencontre de quelques écrivains qui me reçurent aimablement chez eux sans tenir compte de ma jeunesse ni de mon inexpérience. Je déjeunais un lundi de Pâques chez Hervé Bazin dans le Loiret, Françoise Mallet-Joris (à qui j’avais écrit parce que j’avais repéré son adresse dans un reportage télévisé qui lui était consacré, et que j’allais retrouver souvent par la suite) me faisait asseoir sur son lit (n’imaginez pas autre chose) pour me montrer un livre dans lequel elle parlait de la mort aux enfants, Françoise Xenakis m’invitait, rue Chaptal, près de Pigalle, à manger « une soupe » un soir, en compagnie de Iannis, son compositeur de mari, et Mâkhi, pas encore la plasticienne qu’elle deviendrait, etc.

Je bougeais, je grandissais, j’apprenais – vite, semble-t-il. Une émission littéraire de la radio publique belge faisait appel à mon savoir tout neuf, et probablement davantage à mon enthousiasme, j’envoyais, aux Nouvelles littéraires à Paris, des articles qui paraissaient (et qui, pour la première fois, m’étaient payés), je finissais par rencontrer du monde, d’autant plus que j’avais été engagé comme libraire chez Libris, qui était alors la plus belle enseigne de Bruxelles. Des écrivains passaient, j’imaginai de lancer une revue, bonne idée, allons-y… J’approchais les maisons d’édition par l’intermédiaire des représentants qui savaient tout de ce monde dans lequel je mordais avec appétit.

C’est d’ailleurs un de ces représentants, avec qui je bavardais souvent, qui m’a introduit chez Marabout pour écrire un petit livre, puis un deuxième, et avec une logique qui m’échappe tant elle est trop simple pour paraître vraie, j’ai été engagé comme éditeur dans cette maison. Où, on ne se refait pas, j’écrivais de plus en plus de livres sur un peu tous les sujets. Si bien que je finis par me replier chez moi pour devenir auteur-mercenaire à temps plein.

La lecture ne m’avait jamais quitté (les bibliothèques publiques me fournissaient quand la mienne n’y suffisait pas) mais je n’écrivais plus guère sur les livres. Jusqu’en 1983, quand Le Soir me demanda de rejoindre l’équipe qui suivait l’actualité littéraire. Depuis 35 ans, il n’y a guère eu de semaine où j’ai été absent des pages du quotidien. Ce qui n’interdisait pas d’autres collaborations, le Magazine littéraire notamment.

Mais, en 1997, alors que depuis un moment je m’ennuyais en Europe, j’ai été conquis, après un reportage, par Madagascar où j’ai pris, en quelques jours et sans projet précis, la décision de m’installer. Depuis l’an dernier, je suis même, dans ce pays très éloigné de Bruxelles et de Paris, redevenu provincial puisque j’ai quitté la capitale où j’ai passé près de vingt ans pour une ville du sud-ouest, au bout de la Nationale 7 (si, si, c’est vrai !).

Personne ne vient m’ennuyer quand je lis, quand j’écris. Internet me relie au monde et au Soir en particulier, je pratique l’édition numérique, bref, c’est le bonheur.

Mon (mes) blog(s)

C’était, je crois, en 2002. Je publiais beaucoup d’articles ici ou là, mais j’étais et reste un boulimique toujours insatisfait. La distance à laquelle je me trouve du centre névralgique de l’édition française conduisant à compenser, et même surcompenser pour ce qui me concerne, les inconvénients de l’éloignement, Internet offrant la possibilité d’être lu partout dans le monde, le blog étant un espace de totale liberté (bien que n’ayant jamais été brimé dans les journaux et magazines où j’écrivais) dont le rédacteur assume seul l’entière responsabilité, j’y ai trouvé un moyen d’expression complémentaire à mes activités plus traditionnelles.

Sous sa forme actuelle, Le journal d’un lecteur existe depuis 2010 (doublant un autre blog, Actualité culturelle malgache créé, celui-là, en 2006), regroupant des versions antérieures (notamment sur les sites de Livres Hebdo et de Bibliobs), comme je l’ai dit, d’un même projet : faire vivre la lecture au-delà des murs entre lesquels elle s’est produite.

Les services de presse

Ils arrivent en abondance, soit envoyés spontanément par les éditeurs, soit à ma demande. Pour donner une idée du volume que cela représente, je dirai seulement que, sur les 576 ouvrages de la rentrée (arrêtée à fin septembre) qui peuvent m’intéresser à des titres divers, 275 se trouvent dans mon ordinateur. Car il s’agit exclusivement de fichiers numériques. Là où je vis, la distribution postale est quasiment inexistante et la plupart des ouvrages qui me seraient envoyés physiquement ne m’arriveraient pas. Je travaille donc désormais avec les éditeurs et les attaché(e) de presse comme si je n’avais pas d’adresse matérielle.

J’en lis un maximum – jamais autant que je le voudrais (j’en suis à lire le 27e de la rentrée). Mais, à raison d’une dizaine de livres lus par semaine (y compris des rééditions au format de poche, que je traite dans les pages livres du Soir), cela finit par faire masse.

Le numérique

Il ne présente pour moi que des avantages. Je n’ai jamais eu le fétichisme du papier, et encore moins du beau papier. Seul le texte m’intéresse. La lecture sur écran – ce fut d’abord l’ordinateur, puis la liseuse, la tablette et même le smartphone quand je sors les mains dans les poches, et le smartphone dans la poche aussi – m’a beaucoup simplifié la vie. Outre que je n’aurai plus jamais de suppléments de bagages, en cas de voyage, pour cause de livres à emporter, toujours trop de peur de n’en avoir pas assez, la simplicité des manipulations (on surligne et on annote comme on veut) m’enchante.

Et puis, quand l’actualité rend urgente la lecture d’un livre que je n’ai pas, si le service de presse veut bien me l’envoyer, il m’arrive beaucoup plus rapidement par Internet là où je suis, à 10 000 kilomètres de la maison d’édition, que si j’étais à Paris et qu’il m’était apporté par coursier.

Cette rentrée littéraire 2018

Quelques très bonnes choses, et je sens qu’il m’en reste pas mal à découvrir. Dans ce que j’ai lu :

  • Maylis de Kerangal. Un monde à portée de main (Gallimard/Verticales)
  • Antoine Wauters. Moi, Marthe et les autres et Pense aux pierres sous tes pas (Verdier)
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Adeline Dieudonné. La vraie vie (L’Iconoclaste)
  • Javier Cercas. Le monarque des ombres (Actes Sud)
  • Pauline Delabroy-Allard. Ca raconte Sarah (Minuit)
  • Serge Joncour. Chien-loup (Flammarion)
  • Ben Arès. Les jours rouges (Bibliothèque malgache) – j’en suis aussi l’éditeur, je le précise, et je l’ai choisi pour paraître à la rentrée parce que je lui trouve d’immenses qualités.

La plupart de ces livres (et d’autres) ont fait ou vont faire l’objet d’articles (parfois d’entretiens avec les auteurs) dans Le Soir, ceux pour lesquels l’espace me manque dans le journal ou que différents journalistes y traitent trouvent leur place dans mon blog, Le journal d’un lecteur.

 


Un grand merci à Pierre d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et d’avoir dévoilé quelques fragments de son travail.  Vous pouvez le retrouver, de même que son actualité littéraire sur Facebook et sur Twitter.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s